Des manuscrits rares de Mossoul dévoilés à Paris

Des manuscrits rares de Mossoul dévoilés à Paris

expoPlusieurs documents irakiens sont présentés aux Archives nationales jusqu’au 24 août au cours de l’exposition Mésopotamie, carrefour des cultures, organisée dans le cadre du VIIIe centenaire de l’ordre dominicain.

Sauvés de justesse l’été dernier pour échapper aux destructions du groupe État islamique, quelques manuscrits irakiens sont exposés aux Archives nationales à Paris jusqu’au 24 août. L’exposition Mésopotamie, carrefour des cultures – Grandes Heures des manuscrits irakiens regroupe quelques pièces très rares en syriaque, araméen, arabe, dont beaucoup ont été collectées par les dominicains et d’autres conservées à la Bibliothèque nationale de France, à la bibliothèque du Vatican et à la bibliothèque du Saulchoir en France.

Cette exposition retrace l’histoire des missions et de l’implantation des frères dominicains dans la plaine de Mésopotamie (Irak), considérée «comme l’un des plus vieux foyers du monde chrétien», explique le conservateur Jacques Charles-Gaffiot. La deuxième partie de l’exposition est constituée par sept fac-similés de de manuscrits provenant de la bibliothèque dominicaine de Mossoul, déménagée en urgence l’été dernier lors de la prise de Mossoul et de Qaraqosh par les troupes de l’État islamique et l’exode massif de leur population chrétienne vers Erbil dans le Kurdistan voisin.

«Ces manuscrits sont en sécurité, cachés quelque part au Kurdistan», a indiqué le frère Najeeb, un Irakien, qui les a protégés et transportés. «Ce que nous essayons de faire, c’est de sauver le patrimoine que Daech essaie de détruire», a-t-il ajouté. «Au total, notre centre a numérisé quelque 8000 manuscrits sur disque dur, mais aujourd’hui la moitié d’entre eux – qui n’étaient pas conservés par les dominicains, n’existent plus», a-t-il ajouté.

L’inauguration de l’exposition Mésopotamie, carrefour des cultures – Grandes Heures des manuscrits irakiens fait cependant grincer des dents les membres de la CGT-Archives. Dans un communiqué, le syndicat a tenu à exprimer son «plus vif mécontentemet devant la remise en cause[…] des principes élémentaires fondant la laïcité». La venue du cardinal et archevêque de Paris, M. André Ving-Trois, cristallisant leur désapprobation, qui va jusqu’à pointer du doigt un «vernis culturel et humanitaire» de l’événement.

Les manuscrits sont pourtant bel et bien en danger. Le Centre Numérique des Manuscrits Orientaux a d’ailleurs tenu à le rappeler lundi 19 mai en lançant sa campagne «1 don pour 1 manuscrit immortel», espérant réunir d’ici la fin du mois 41.000 euros pour réaliser en fac-similés sept des plus précieux manuscrits irakiens de sa collection, sauvés l’été dernier à l’arrivée du groupe État islamique à Mossoul.

(http://www.lefigaro.fr/)

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Pour la reconnaissance du génocide des Assyro-Chaldéens

Pour la reconnaissance du génocide des Assyro-Chaldéens

(Le Monde.fr  23.04.2015 )

Par Joseph Yacoub, professeur honoraire de l’Université catholique de Lyon, ancien titulaire de la chaire UNESCO « Mémoire, cultures et interculturalité » de ladite Université.

En ce mois d’avril, l’humanité commémore le centenaire des génocides des Arméniens et Assyro-Chaldéens perpétrés par l’Empire ottoman. Il est des peuples qui ont connu par le passé un sort tragique mais que l’histoire présente a ressuscités. Ce n’est pas encore le cas du peuple assyro-chaldéen qui endura à maintes reprises les vicissitudes de l’histoire.

Comme effet du génocide, le XXè siècle restera pour ce peuple et ses institutions civiles, culturelles et religieuses celui de la grande tragédie. L’étendue des ruines et le champ des blessures sont énormes. Le drame de 1915 a profondément bouleversé leur vie et déstructuré leur société. Les hiérarchies sociales et religieuses ont été ruinées et complètement désintégrées. Ce fut le début d’une diaspora massive.

Connu sous des vocables différents : Assyriens, Chaldéens, Syriaques, Nestoriens, Jacobites, Araméens, les Assyro-Chaldéens, appelés Aïssors ou Assoris par les Arméniens, Suriyani par les Turcs, se considèrent en filiation avec les peuples assyrien, babylonien, chaldéen et araméen de l’antique Mésopotamie, pays situé entre les deux fleuves le Tigre et l’Euphrate, dont l’histoire remonte à plus de 5000 ans.

Ces massacres ont eu lieu sur un périmètre très large, en Anatolie orientale, au Hakkari, au nord de l’Iran et dans la province de Mossoul, voire ailleurs, à partir de janvier 1915, dans les mêmes conditions et presque sur les mêmes lieux que les Arméniens et dans un dessein analogue, qui visait selon des objectifs arrêtés : à homogénéiser l’Empire et turquifier le pays, à l’éradication de tout groupe ethniquement non turc et religieusement non musulman.

De nombreux actes douloureux et des scènes d’horreur jalonnent cette histoire, durant lesquelles des centaines de milliers de personnes ont été massacrées ou sont mortes de soif, de faim, de misère, d’inanition, d’épuisement, de maladies sur les routes de l’exode et de la déportation. L’objectif était de les évacuer des zones géographiques, trop sensibles aux yeux des nationalistes turcs et de se débarrasser, sous le prétexte fallacieux d’infidélité et de déloyauté de ces non Turcs et non musulmans, en les éliminant physiquement, en les diluant et en les déportant.

Confirmé pour son historicité, ce peuple était reconnu dans ses différentes composantes, comme des millet (Nation et Eglise) quoique avec des limites, sous l’Empire ottoman.
Il est reconnu explicitement dans un document diplomatique international, le traité de Sèvres, signé le 10 août 1920, entre les puissances victorieuses, alliées et associées et la Turquie. Ce traité prévoyait un plan d’autonomie locale pour les Kurdes. Au sujet des Assyro-Chaldéens, il stipule que « ce plan devra comporter des garanties complètes pour la protection des Assyro-Chaldéens et autres minorités ethniques ou religieuses dans l’intérieur de ces régions. » (Section III. Kurdistan article 62).

Les Assyro-Chaldéens sont également consacrés dans plusieurs textes de la Société des Nations (SDN), prédécesseur de l’ONU. On lit en effet, en 1935, dans une brochure L’établissement des Assyriens. Une oeuvre humanitaire et d’apaisement ceci : « Il faut voir une preuve de courage peu commun et de rare ténacité dans le fait que la communauté assyrienne réussit à se maintenir pendant de longs siècles d’oubli et de mépris, conservant quelque chose de ses anciennes traditions en tant qu’Eglise et en tant que peuple. » Il y est dit également que les Assyriens furent « chassés de leurs montagnes par les forces turques » en 1915 et « se réfugièrent à Ourmiah, en Perse, ville qui était, à l’époque, aux mains des troupes russes. »

Ce génocide n’est pas une terre inconnue. Nous possédons en effet une documentation de première main, de l’époque, abondante et en plusieurs langues qui relate au jour le jour ce qui s’est passé. Elle décrit localité par localité les faits et émane le plus souvent de missionnaires établis sur place, toutes obédiences religieuses confondues, de journalistes, de rapports diplomatiques établis par les Etats, et ceux des patriarches des différentes Eglises. Il existe en outre une littérature en araméen (classique, oriental et occidental), qui est la langue de cette communauté, et en arabe, que nous avons dépouillée.

Cette documentation qui couvre tous les champs territoriaux où le drame s’est déroulé, émane de sources autorisées et bien informées, de personnalités reconnues pour leur moralité et intégrité. Ce qui est frappant c’est que tous ces témoignages convergent et condamnent le gouvernement turc et les autorités régionales et locales respectives. On y trouve un faisceau de faits, de preuves et d’arguments sur la tragédie.

Ce génocide physique et cette spoliation des terres et des biens étaient accompagnés d’atteintes graves à l’héritage culturel. Des monuments historiques ont été détruits et laissés à l’abandon, des églises profanées et des écoles démolies. Des bibliothèques contenant des livres rares et de riches manuscrits ont été dilapidées et détruites, comme celles du diocèse chaldéen de Séert ou du siège patriarcal assyrien à Kotchanès, petit village au Hakkari, désormais abandonné, ou encore des monastères syriaques de Tour Abdin.

Les Assyro-Chaldéens se sont vus ainsi déposséder d’une grande partie de leurs lieux de vie, de culture et de mémoire. En tout, plus de 400 églises et monastères ont été ruinés.
Plus de 250 000 Assyro-Chaldéens-Syriaques – ce qui représente plus de la moitié de la communauté – ont péri sur l’ensemble du territoire turco-persan, des mains des Turcs, des irréguliers kurdes et d’autres ethnies qui furent utilisées à ces fins. Tous les documents montrent que ces massacres furent des actes « combinés et concertés » par les autorités ottomanes et qu’il ne s’agit en aucune manière d’éléments isolés ou incontrôlés
Donnons-en quelques exemples

Le Blue Book britannique : « The Treatment of Armenians in the Ottoman Empire » (1916) est une contribution majeure qui rassemble des récits de témoins illustres et traite dans sa version originale anglaise des massacres des Assyriens.

L’abbé assyro-chaldéen, Joseph Naayem, témoin oculaire des massacres, qui fut emprisonné et qui échappa de justesse aux massacres, a écrit un ouvrage en français, en 1920, dont le titre est, en lui-même, fort évocateur : Les Assyro-Chaldéens et les Arméniens massacrés par les Turcs.

L’abbé français Eugène Griselle (1861-1923), quant à lui, a intitulé son ouvrage : Syriens et Chaldéens, leurs martyres, leurs espérances, 1914-1917, dans lequel il décrit les massacres.

Isaac Armalé, prêtre syriaque de Mardin, un autre témoin oculaire de la tragédie, a rédigé un ouvrage intitulé : Al-Qousara fi Nakabat Annasara (Les calamités des chrétiens). C’est une source capitale et intarissable de témoignages et d’informations sur les massacres de 1915, voire même de 1895.

D’autres témoins importants méritent d’être mentionnés parmi lesquels : le pasteur allemand Johannès Lepsius, les trois Dominicains Jacques Rhétoré, Hyacinthe Simon et Marie-Dominique Berré, et le Syriaque Mor Ephrem Barsoum. Ces crimes, écrit Joseph Naayem « déshonorent l’histoire de l’humanité. ». Ils ont été commis par les « ennemis de l’humanité » accuse, pour sa part, Isaac Armalé, cet autre témoin des massacres.

Aujourd’hui, l’heure de la reconnaissance est en marche.

Joseph Yacoub est aussi l’auteur de Qui s’en souviendra ? 1915 : le génocide assyro-chaldéo-syriaque, Ed. du Cerf, octobre 2014.

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Valérie Boyer : «Le génocide de 1915 ne s’est pas limité aux Arméniens»

Valérie Boyer : «Le génocide de 1915 ne s’est pas limité aux Arméniens»

XVM82b816de-d956-11e4-a833-1babf63bf62dINTERVIEW – Epinglée pour sa proposition de loi inspirée de Wikipédia, la députée UMP des Bouches-du-Rhône revient sur son texte qui vise à faire reconnaître le génocide assyro-chaldéen, aujourd’hui largement ignoré.

La proposition de loi sur la reconnaissance du génocide assyrien a été très largement médiatisée ces deux derniers jours. Mais son auteur, Valérie Boyer, regrette qu’elle n’ait pas été commentée «pour les bonnes raisons». Dénigré pour ses passages largement inspirés de Wikipédia, le texte aborde un sujet largement méconnu qui mériterait plus d’attention publique, estime la députée des Bouches-du-Rhône.

LE FIGARO – Que pensez-vous de la polémique déclenchée par votre proposition de loi, dont des pans entiers sont inspirés de l’encyclopédie en ligne Wikipédia?

VALERIE BOYER – Cette polémique est ridicule. Elle a été lancée par un assistant parlementaire du groupe écologiste, ce qui n’est pas étonnant ; En 2012, ils s’étaient déjà violemment opposés à ma proposition de loi pénalisant la négation des génocides, dont le génocide arménien. Pour revenir au génocide assyrien, il existe très peu de documents sur le sujet. Je me suis donc appuyée sur l’article de Wikipédia qui était le plus complet. Je ne suis pas agrégée en histoire des minorités d’Orient… Je ne vois donc pas où est le problème, d’autant plus que nous avons fait valider notre texte par plusieurs spécialistes du sujet.

Qu’est-ce que le génocide assyrien?

C’est le massacre de la population assyrienne par l’Empire ottoman à partir de 1915. Au même titre que les Arméniens, les Turcs ont exterminé toutes les autres communautés chrétiennes présentes dans cette région de l’ancienne Mésopotamie, aujourd’hui à cheval sur la Turquie et l’Iran. Il y avait des Assyriens, mais aussi des Chaldéens, des protestants et des orthodoxes. Les Assyro-chaldéens ont inventé un mot pour désigner ce massacre: «Sayfo», qui signifie «épée» en araméen. Ce génocide a provoqué l’exode massif de ces populations dans le Caucase, en Syrie, en Irak et dans le reste du monde. Leur fuite s’est poursuivie jusque dans les années 1970, car ils étaient réduits par les Turcs à un état de dhimmitude qui en faisait des sous-citoyens.

Pourquoi le génocide perpétré par l’Empire ottoman est-il seulement associé aux Arméniens?

Les survivants arméniens forment une communauté mieux organisée que les autres, ils ont la capacité d’entreprendre un vrai travail de mémoire. Ce n’est pas le cas des Assyro-chaldéens, pourtant massacrés au même moment et pour les mêmes motifs. C’est pourquoi il faudrait une loi qui reconnaisse officiellement leur martyr et qui en punisse la négation. C’est sur ce massacre que la Turquie moderne s’est constituée. On est dans un négationnisme d’Etat insupportable qui constitue un nouveau génocide contre la mémoire de ce peuple.

Cent ans plus tard, n’avez-vous pas l’impression que l’histoire se répète en Syrie et en Irak?

Bien sûr. Les Assyro-chaldéens qui ont fui les persécutions en 1915 sont les mêmes qui sont aujourd’hui chassés par Daech en Irak et en Syrie. Comme en 1915, les victimes sont chrétiennes et les bourreaux musulmans. Les motifs étaient laïcistes à l’époque, alors qu’ils sont islamistes aujourd’hui, mais la méthode reste exactement la même. Le plus alarmant, c’est que la négation de ce génocide en cours se fait sur notre propre sol. Il est extrêmement grave qu’une entreprise comme la RATP se serve de la laïcité comme prétexte pour censurer un appel aux dons pour les chrétiens d’Orient.

Pensez-vous que votre proposition de loi a une chance d’aboutir?

Elle peut très bien être examinée dans une niche parlementaire pour l’UMP, nous en avons plusieurs par an. C’est aussi une question de volonté politique. En avril 2012, le candidat Hollande avait promis au pied de la statue de Komitas [prêtre orthodoxe arménien vénéré dans son pays, NDLR] qu’il pénaliserait le négationnisme du génocide de 1915. Il ne tient qu’à lui de tenir son engagement.

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Discours de Joseph Yacoub pour le « 1er avril »

Discours de Joseph Yacoub pour le « 1er avril »

Discours prononcé à Sarcelles par Joseph Yacoub, le samedi 28 mars 2015, à l’occasion du Nouvel An assyro-chaldéen 6765, au cours de la soirée organisé par l’AACF.

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« KHA B’NISSAN »

« En ce jour de fête, la naissance du printemps, je vous dis Bonne Année.

Quelle est la signification du Nouvel An assyro-babylonien : Kha b’Nissan ?

Kha b’Nissan c’est d’abord un hommage à la mémoire, car il s’agit d’une fidélité à une histoire qui remonte à plus de 5000 ans, celle de la civilisation mésopotamienne, un des berceaux majeurs où l’humanité trouve ses racines.

Cette mémoire a failli cependant disparaître, si ce n’est les découvertes archéologiques entreprises depuis 1840 par les archéologues occidentaux où la France, avec l’Angleterre, l’Allemagne et les Etats-Unis ont joué un rôle important.

On ne dira jamais assez les effets et l’impact des excavations archéologiques sur la prise de conscience nationale des Assyro-Chaldéens.

Il faut rappeler qu’après la chute de Ninive en -612 et de Babylone en -539, la domination fut telle que tout a été anéanti et enfoui sous terre.

Et c’est à partir du milieu du XIXè siècle qu’on a commencé à déterrer et faire sortir de l’oubli, figurez-vous 2500 ans après ! ce patrimoine qui appartient désormais à l’humanité.

On découvre ainsi une si brillante civilisation et, avec elle, les cérémonies de Akitu qui se déroulaient dans le temple Ezagil, dédié au dieu suprême, Marduk.

Kha b’Nissan c’est aussi la fête de l’élévation et de la transcendance qui lient intimement le ciel et la terre. Autrement dit, c’est l’hommage rendu par l’humanité à la divinité.

Ce qui explique que Kha b’Nissan a un caractère religieux.

C’est en effet au temple du dieu Marduk, trônant dans son sanctuaire, qu’on célébrait au printemps de chaque année, la plus importante et la plus imposante des fêtes du calendrier babylonien, qui durait 15 jours.

On honorait Marduk, la divinité suprême du Panthéon babylonien.
Ces cérémonies avaient un sens dans la cosmogonie babylonienne. Peuple religieux et pieux, les Assyro-Babyloniens se lamentaient de la mort de la végétation et se réjouissaient du retour du printemps. Ils le manifestaient par des processions durant lesquelles on faisait des offrandes, on prononçait des complaintes, on chantait des hymnes, on pratiquait des danses rituelles annonciatrices, on récitait des poèmes, dont la célèbre épopée Enuma Elish (Lorsqu’en haut…), on célébrait des rites expiatoires et on offrait des sacrifices.

C’était la fin d’un cycle et l’augure d’un autre.

Kha b’Nissan c’est également la fête de la fertilité et de la transformation de la nature.

En outre, il est important de relever que Kha b’Nissan peut être perçu, d’un point de vue anthropologique, comme une manifestation de l’humilité du pouvoir politique et sa subordination à un au-delà qui dépasse le temporel.

La fête se déroulait à certains jours en présence du roi de Babylone, qui se rendait au sanctuaire l’Esagil, où il était accueilli par le grand-prêtre, Sheshgallu à qui il remettait les symboles de sa royauté.

C’est alors, écrit Georges Roux, grand spécialiste français de la Mésopotamie ancienne, que « le prêtre gifle le monarque, le traîne par les oreilles devant Marduk et l’oblige à se prosterner jusqu’au sol. » Le roi dira « qu’il n’a pas péché, qu’il n’a pas négligé le règne divin, qu’il n’a pas détruit Babylone, qu’il n’a pas oublié les rites et qu’il n’a pas humilié ses subordonnés. » Ensuite, poursuit G. Roux, le sheshgallu se veut réconfortant et s’adresse au roi en ces termes : « Ne crains rien, le dieu Bêl écoutera ta prière, magnifiera ta seigneurie et exaltera ta royauté (…). »

Il rend au roi ses insignes, le frappe de nouveau sur la joue. Et voici le présage : « Si, lorsqu’il frappe la joue du roi les larmes coulent (c’est que) le dieu Bêl est amical. » A l’inverse, « si aucune larme n’apparaît, le dieu Bêl est fâché : l’ennemi se dressera et provoquera sa chute. »

Aujourd’hui, que nous enseigne Kha b’Nissan ?

Les enseignements que nous pouvons en tirer, se résument, à mon avis, en cinq éléments :

Fidélité aux traditions, importance du facteur religieux, les lamentations, l’esprit de renouveau et l’union du peuple.

Expliquons-nous.

Il est frappant de constater qu’entre le passé et le présent, il existe une constante dans le domaine du maintien, voire de ressemblance des traditions.

Au sujet de la religion et des rites qui l’accompagnent, on peut dire qu’ils se retrouvent dans nos liturgies chrétiennes. Il suffit, à ce propos, de voir la place importante qu’occupent l’histoire et la culture mésopotamienne dans l’Ancien et le Nouveau Testament.

Pour ce qui des lamentations et du renouveau, nous pleurons aujourd’hui devant la tragédie de Mossoul et du Khabour. Nous nous lamentons aussi sur les victimes du génocide de 1915 et des massacres de Simélé de 1933. Comme naguère, ces lamentations se perpétuent dans des poèmes, sont consignés dans des récits, sont transmis au travers des rituels, des prières et des hymnes offerts au Seigneur de l’Univers.

En même temps, quant à l’éclosion de la vie, nous continuons à espérer. Car, animés par la foi et la volonté de briser l’injustice, et en communion avec tous les peuples du monde, nous exigeons la reconnaissance du génocide assyro-chaldéen de 1915.

Suivant l’exemple de ces Babyloniens de l’antiquité qui travaillaient dans l’unité, j’en appelle, en cette année du génocide, les deux associations (AACF et UACF) à travailler ensemble sous la forme d’une fédération pour une représentation plus efficace, donc plus forte du peuple assyro-chaldéen. »

JOSEPH YACOUB, Professeur honoraire de l’Université catholique de Lyon

voir aussi en Turc : FRANSA’DAKİ ASURİ KELDANİLER YENİ YILI COŞKUYLA BİRLİKTE KUTLADILAR

 

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À l’ONU, le patriarche Sako lance un appel pour les chrétiens d’Orient

À l’ONU, le patriarche Sako lance un appel pour les chrétiens d’Orient

(Laurence Desjoyaux, le 28/03/2015, http://www.lavie.fr)

61650_sako-onu-conseil-secu_440x260Le vendredi 27 mars, la France a convoqué une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU qu’elle préside sur la question des chrétiens d’Orient. Intervenu à cette occasion, le patriarche Louis Sako a lancé un appel pour que la communauté internationale soutienne la libération de Mossoul et de la plaine de Ninive, en Irak, et qu’elle pousse les états du Moyen-Orient à des réformes profondes afin d’accorder une pleine citoyenneté aux non-musulmans qui vivent sur leur sol.

Devant le Conseil de sécurité des Nations Unies, le patriarche Louis Sako, dont le siège est à Bagdad, a d’abord état des lieux accablant de la situation des chrétiens au Moyen-Orient et plus particulièrement en Irak.

« Comme vous le savez, nous commémorons cette année le centenaire des massacres de chrétiens de l’Empire Ottoman. Aujourd’hui, cent ans après ce drame, nous vivons une situation tragique similaire, ce qui a poussé des milliers de chrétiens à émigrer, et c’est une grande perte pour tous, a-t-il expliqué. Pour parler franchement, le soi-disant printemps arabe s’est soldé pour nous de manière négative. »

Libérer la plaine de Ninive

Concernant l’Irak, il a appelé la communauté internationale à soutenir les armées irakiennes et kurdes pour leur permettre de reprendre rapidement la ville de Mossoul aux mains de l’Etat islamique depuis juin 2014, ainsi que les villages de la plaine de Ninive où habitaient chrétiens, yézidis et shabaks, eux aussi envahis.

« Je lance un appel solennel à leur fournir une protection internationale avec une zone sécurisée, tout en proclamant hautement le droit à la propriété en faveur des familles déplacées pour qu’elles puissent retourner dans leurs villages et leurs maisons, et reprendre une vie normale. Il faut aussi que le gouvernement central indemnise toutes ces familles pour les dommages et les préjudices subis. »

Des solutions politiques

Expliquant que la solution militaire ne pouvait pas, à elle seule, résoudre le problème de l’extrêmisme. « Il est de plus en plus évident que la paix et la stabilité ne peuvent être obtenues exclusivement par les interventions militaires. Celles-ci sont incapables de démanteler cette idéologie féroce qui détruit les vies et le patrimoine culturel », a-t-il expliqué.

« Cela exige de la communauté internationale, y compris de la Ligue Arabe et de la Conférence des États Islamiques, qu’elle prenne des décisions aboutissant à des solutions politiques, culturelles et éducatives. La communauté internationale est appelée à protéger efficacement la mosaïque des personnes et des différents groupes d’un même pays, en dépit de leurs origines religieuses et ethniques diverses, en assurant la promotion de leurs droits et en renforçant les relations entre eux. »

Le risque d’un nouveau Daesh

Le patriarche Sako a aussi alerté sur le risque de voir émerger d’autres groupes terroristes si les conditions sociales des pays du Moyen-Orient ne s’améliorent pas.

« Je voudrais attirer votre attention sur le risque de voir émerger de nouveaux courants aussi néfastes que Daesh (ISIS). Lorsque des millions d’enfants et de jeunes sont privés d’écoles et d’éducation, lorsque des millions de réfugiés sont rassemblés dans des camps, privés du strict minimum de soins et d’attention, alors la frustration, le chômage et la pauvreté peuvent facilement les conduire à la vengeance et à l’extrémisme.»

Sortir du cercle vicieux

Mgr Louis Raphaël Sako a proposé un processus en quatre points.

« 1. Réclamer, à partir des Nations Unies, la mise à jour exécutive des constitutions et des lois de manière à réaliser la justice, l’égalité et la dignité pour tous, en tant que citoyens, sans discrimination aucune. (…)

2. Recommander aux responsables religieux d’adopter un discours modéré, qui aide à approfondir le sens de la citoyenneté. (…)

3. Adopter une loi selon laquelle sont considérés comme criminels et tenus pour responsables les Etats et les individus qui soutiennent des groupes terroristes, que ce soit financièrement ou intellectuellement ou des armes . Leurs actes sont des crimes contre la paix sociale. (…)

4. Promouvoir le développement des organisations pour les droits humains et les libertés civiles. Ces organisations devraient avoir un rôle exécutif et non pas seulement consultatif, tant sur le plan régional qu’international. (…) »

à lire aussi: Discours du patriarche Louis Raphaël Sako lors de la réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU sur les chrétiens d’Orient

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Mar Dinkha IV : pour le Pape, « le monde a perdu un grand guide »

Mar Dinkha IV : pour le Pape, « le monde a perdu un grand guide »

Le pape François et le patriarche de l’Eglise assyrienne d’Orient, Mar Dinkha IV, lors de la visite de ce dernier au Vatican, en octobre 2014. – L’Osservatore Romano

(RV) Le Pape François a fait parvenir un télégramme de condoléances à l’Eglise assyrienne d’Orient après la mort de son patriarche, Sa Sainteté Mar Dinkha IV. Le Saint-Père assure le clergé et les fidèles de cette Eglise de la proximité de tous les catholiques. Le monde chrétien, écrit-il, a perdu un grand guide spirituel, un pasteur courageux et sage qui a servi fidèlement sa communauté dans une période extrêmement difficile. Le Pape François souligne que le patriarche Mar Dinkha a été très affecté par la situation tragique qui prévaut au Moyen-Orient, notamment en Irak et en Syrie. Il a attiré l’attention avec force sur les souffrances des chrétiens et des autres minorités religieuses qui endurent quotidiennement des persécutions. Le Souverain Pontife confie en avoir longuement parlé avec lui lors de sa visite à Rome. Il salue par ailleurs l’engagement œcuménique du disparu et en particulier sa volonté d’améliorer les rapports entre l’Eglise catholique et l’Eglise assyrienne d’Orient. Il prie le Seigneur de l’accueillir dans son Royaume et de lui accorder le repos éternel. Enfin, le Pape François souhaite que le souvenir du service long et dévoué du patriarche Mar Dinkha à l’Eglise reste vivant et soit pour tout source d’inspiration et d’encouragement.

Le primat de l’Eglise apostolique assyrienne d’Orient s’est éteint jeudi matin aux Etats Unis à la suite d’une pneumonie. Il était âgé de 80 ans. Ses obsèques seront célébrées le 8 avril à Chicago. Mar Dinkha était à la tête de l’Eglise apostolique assyrienne depuis 1976. Son mandat aura donc duré 39 ans. Né en Irak, il avait exercé son ministère sacerdotal en Iran. Après son élection, il avait transféré le siège patriarcal des montagnes du Kurdistan irakien à Chicago, la plupart des fidèles de l’Eglise apostolique assyrienne vivant en diaspora, notamment aux Etats Unis. Mar Dinkha a rencontré Jean-Paul II, Benoît XVI et plus récemment le Pape François en octobre dernier. En 1994, il avait souscrit avec Jean-Paul II une déclaration commune sur la christologie reconnaissant que l’Eglise apostolique assyrienne d’Orient et l’Eglise catholique professent la même foi en Jésus Christ et que leurs controverses christologiques du passé ont été causées en grande partie par des malentendus.

à lire aussi: Décès de Mar Dinkha IV, patriarche de l’Église assyrienne d’Orient

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La France a accordé 1 500 visas d’asile à des chrétiens d’Orient depuis l’été 2014

La France a accordé 1 500 visas d’asile à des chrétiens d’Orient depuis l’été 2014

Cérémonie d'accueil de 200 chrétiens venus d'Irak et de Syrie, en présence de François Hollande, le 21 mars 2015 au ministère de l'Intérieur.

Cérémonie d’accueil de 200 chrétiens venus d’Irak et de Syrie, en présence de François Hollande, le 21 mars 2015 au ministère de l’Intérieur. AFP/FRANCOIS GUILLOT

La France a accordé 1 500 visas d’asile à des chrétiens d’Orient depuis la fin juillet, date à laquelle le gouvernement avait annoncé son intention de favoriser l’accueil de ces minorités persécutées, a-t-on appris samedi 21 mars auprès du ministère de l’intérieur.

Lire aussi : Le « visa d’asile », un dispositif spécial pour les chrétiens d’Irak

« Mille personnes sont déjà arrivées » en France, a précisé la Place Beauvau, où une cérémonie pour l’accueil de 200 chrétiens venus d’Irak et de Syrie a eu lieu, avec le président François Hollande en invité surprise. Le chef de l’Etat s’est adressé, dans un discours, aux invités :

« Je veux saluer la pleine intégration qui est la vôtre, cette volonté d’être pleinement, maintenant, ici en France, et de pouvoir apporter votre talent, votre culture et votre volonté d’être utiles à la France, car vous êtes utiles à la France »

« Victimes du projet criminel d’épuration religieuse »

« Vous êtes tous les bienvenus chez nous », a pour sa part lancé le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, en soulignant que « les chrétiens sont parmi les premières victimes du projet criminel d’épuration religieuse que Daech [l’Etat islamique]  cherche à imposer à l’ensemble des territoires qu’il contrôle aujourd’hui ».

M. Cazeneuve a rappelé que 90 % des chrétiens avaient quitté l’Irak entre 2003 et 2014, et que plus de 300 000 avaient fui la Syrie de 2011 à 2014.

Lire aussi : Qui sont les chrétiens d’Irak ?

Le gouvernement français avait annoncé le 28 juillet vouloir favoriser l’accueil des chrétiens d’Orient, cibles d’exactions croissantes de la part des djihadistes de l’organisation État islamique. Au début du mois, Laurent Fabius avait indiqué qu’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU serait consacrée le 27 mars « à la persécution des minorités » et en particulier celle des chrétiens d’Orient.

(www.lemonde.fr)

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