UNE minute de SILENCE…

UNE MINUTE DE SILENCE POUR TOUTES LES VICTIMES…

 Bonjour,

Je vous invite tous, à une minute de silence pour toutes les victimes de génocides connues dans le monde entier et qui continue toujours à nos jours. Etant d’origine Assyro-Chaldéenne, je porte une pensée spéciale aux plus de 250 000 victimes du génocide de 1915 perpétré par la Turquie aux chrétiens…

A bientôt, que Dieu vous protège…

Céline de JAC-Marseille

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Commémoration

du Génocide Assyro-Chaldéen de 1915

Dimanche 29 avril 2007 à 15 heures 30 (Sarcelles)

   DOSSIER DE PRESSE

Association des Assyro-Chaldéens de France (AACF)

11 rue du Temple, 95200 Sarcelles

Tél. : 01 39 90 87 11 – Fax : 01 34 19 84 72

E-mail : aa-cf@wanadoo.fr – Site Web : www.aacf.asso.fr

 

Contact Presse : M. Adlun – 06 63 93 87 11

92 ans après

Adolphe Hitler. Rien que le fait d’entendre le nom fait froid dans le dos, donne la nausée et rappelle une page noire de l’histoire allemande. « Mais qui se souvient encore du génocide des Arméniens ? » avait-il cyniquement demandé avant d’exécuter son sinistre projet. Sans réponse à cette question, il commençait la « purification », éliminant Juifs et Tziganes, opposants de tous bords. Si, comme nous le dit Sabri Atman, l’opinion publique internationale lui avait donné une réponse en contraignant la Turquie à reconnaître le génocide arménien et assyro-chaldéen de 1915, il n’aurait pas eu le courage de commettre, à l’ombre de la Deuxième Guerre mondiale, le deuxième génocide du XXe siècle.  

Oui, le génocide des Assyro-Chaldéens est oublié, la mémoire des martyrs bafouée. L’empire ottoman avait commencé l’élimination des peuples chrétiens bien avant 1915 : les massacres de 1843 et de 1895-1896 sont là pour le prouver. Sébastien de Courtois nous raconte comment la haine a eu raison de l’amour, de la diversité, du vivre-ensemble. Non, on ne s’en souvient pas du génocide assyro-chaldéen ; les martyrs de ce peuple restent oubliés 92 ans après. Pourquoi ? Parce que les puissances alliées aux côtés desquelles ils ont combattu ont fait abstraction de leur sacrifice lors de la signature des traités de paix. Joseph Yacoub nous rappelle les faits.

Plus jamais ça ! Plus jamais d’enfants suppliciés devant leurs pères et mères ! Plus jamais de femmes et de vieillards sur les routes de la mort ! Et pour que ce soit possible, nous devons garder intacte la mémoire des martyrs.

Communiqué de Presse de l’AACF

A travers le monde, le jour du 24 avril se tiennent des manifestations, des conférences et des actions en souvenir du génocide perpétré par les Turcs en 1915 à l’encontre des Assyro-Chaldéens, des Syriaques et des Arméniens. A l’occasion du 92e anniversaire du premier génocide du 20e siècle, nous commémorons encore une fois le souvenir de nos martyrs. Ce crime qui a causé l’anéantissement d’un tiers de la population vivant dans la région est présent dans les mémoires et les blessures qu’il a causées saignent encore aujourd’hui. Le génocide de 1915 a été préparé par le pouvoir jeune turc, la responsabilité de l’État turc est donc claire. Aujourd’hui encore, le pouvoir turc se refuse à reconnaître ce génocide. Il se cache derrière des prétextes purement imaginaires et se défile de la vérité. Ainsi le pouvoir actuel s’associe, qu’il le veuille ou pas, au crime perpétré en 1915. Nous en déduisons de cette association que le pouvoir actuel porte les mêmes sentiments que les instigateurs du génocide et qu’il perpétue la même politique. Depuis 1915, en Mésopotamie et surtout dans les frontières de la République turque, ces meurtres ont continué même sous d’autres formes. Cela met à découvert la vraie face du pouvoir turc.

Même en calomniant ou en travestissant l’histoire, les Turcs n’ont pu trouver de prétextes pour ternir le peuple assyro-chaldéen. Par conséquent, la volonté de vouloir anéantir les populations chrétiennes vivant en Asie Mineure est la seule cause du massacre de 250 000 Assyro-Chaldéens, soit plus du tiers des effectifs de ce peuple vivant dans ce pays. Finalement le peuple assyro-chaldéen, tout en étant innocent, a été victime de ce génocide. Par ailleurs, des milliers de personnes ont perdu leurs vies dans les exodes qui suivent ces exactions et massacres en Anatolie Orientale et en Perse. En 1915, certaines tribus kurdes ont participé activement au génocide. Elles ont été soutenues et encouragées par les Turcs. Aujourd’hui des partis, des organisations et des personnalités kurdes reconnaissent la responsabilité de leurs ancêtres dans ce génocide. Cela est perçu par notre peuple d’une manière positive et dans une juste mesure.  

Le silence et la passivité de l’opinion publique, des organismes internationaux et pays a causé d’autres génocides et peuvent en causer de nouveau si le nécessaire n’est pas fait rapidement : la reconnaissance. Tant que le pouvoir turc persistera dans sa politique hypocrite, réfractaire et mensongère, nous continuerons à dénoncer toutes ses entreprises. Notre association, par sa participation active à la manifestation et en ravivant la flamme du « Soldat Inconnu » sous l’Arc de Triomphe, fait vivre à sa manière le souvenir de ses martyrs. Par ailleurs, elle contribue par tous ses moyens à la lutte pour ses droits nationaux, à sa reconnaissance et au développement des relations fraternelles dans la paix et la concorde avec tous les autres peuples de la terre. A cette occasion nous invitons encore une fois toutes les organisations assyriennes, chaldéennes, syriaques à une collaboration et à une prise de conscience collective pour la défense de nos revendications culturelles et nationales, et pour perpétuer le souvenir de nos martyrs.

La France a publiquement reconnu le génocide arménien de 1915, ce qui montre que cette terre d’accueil est capable de lever certains tabous que d’autres puissances occidentales continuent à préserver. Cependant, les Arméniens n’ont pas été les seuls à souffrir de cette tragédie. Il ne faut pas oublier les autres peuples massacrés du fait de leur appartenance religieuse ou nationale différentes.

Association des Assyro-Chaldéens de France

 Autopsie d’un massacre : n’oublions pas 1895 !

Lorsque j’ai commencé à me pencher sur la question du sort des communautés syriaques/assyriennes de la Haute-Mésopotamie, essentiellement dans la région du Tour Abdin, j’ai été frappé par l’absence récurrente de référence au massacre de dizaines de milliers de non-Arméniens dans ces contrées. Longtemps les chroniqueurs véhiculèrent l’idée que les communautés syriaques n’avaient pas été touchées soit dans les massacres de 1895 ou plus tard dans le déchaînement de violence du génocide de 1915. Il semble que cette ambiguïté remonte au temps même des événements. Les témoignages qui nous sont parvenus sont très rares et souvent malheureusement assez imprécis.

L’ambiguïté évoquée sur les massacres de 1895, le récit du révérend anglican William Wigram dans son livre : « The cradle of the Mankind : life in eastern Kurdistan », présent dans cette région en 1911, en est à ce titre l’exemple le plus frappant.

Les massacres ont été incontestablement provoqués par le gouvernement de Constantinople. Mais leurs agents furent les kurdes fanatiques qui grouillent dans les bas-fonds de Diyarbakir, et sont venus s’attrouper en masse, avec avidité, de tous les villages environnants pour prendre part au carnage puis au pillage qui a suivi. Les massacres furent politiques et non religieux. Cette position a été prouvée par le fait que les syriaques (qui sont aussi nombreux à Diyarbakir) n’ont absolument pas souffert comme leurs coreligionnaires arméniens.  

Le sort des communautés syriaques était lié avec celui plus général des communautés arméniennes. Il apparaît, de manière patente, que les communautés syriaques furent dans leur ensemble tributaires, au regard de leur faible poids démographique, de la détérioration des rapports Arméno-Turcs. Toutes les communautés chrétiennes établies dans la province de Diyarbakir, lieu principal de vie des syriaques, souffrirent, sans distinction de rite, des mêmes mesures d’arrestations, de déportations, et d’exécutions mises en place par le gouvernement turc à partir du printemps 1915, avec une ampleur, jusque là inégalée.

Il s’agit d’exposer les souffrances subies par les communautés syriaques, orthodoxe et catholique. Souffrances, qui, conduisirent à l’élimination des communautés installées, depuis les premiers siècles du christianisme, à Diyarbakir, Mardin et dans le Tour Abdin. Ce processus, déjà engagé depuis plusieurs décennies, comme les propos de l’Ambassadeur de France à Constantinople, Paul Cambon le rappèlent, trouvèrent dans les évènements de 1895 puis de 1915 un aboutissement. Les communautés syriaques furent au même titre que les communautés arméniennes, les victimes expiatoires du nouveau nationalisme turc.

Le génocide de 1915 ne peut pas se comprendre sans considérer les événements annonciateurs des années 1895-1896.

Les événements de 1895

Dans les grandes villes, le climat d’insécurité, largement entretenu jusque là par la passivité des autorités ottomanes, se dégrada très vite, et à partir de 1894 prit l’allure d’une véritable guerre civile. Cette nouvelle situation sortit du cadre de la stricte « Question arménienne » en devenant plus généralement « une Question chrétienne ». Les propos du vice-consul de France à Diyarbakir, Gustave Meyrier, étaient en ce sens sans ambiguïté. Cet état de choses s’applique à tous les chrétiens sans distinction de race, qu’ils soient Arméniens, Chaldéens, Syriens ou Grecs. Il est le résultat d’une haine de religion d’autant plus implacable qu’elle repose sur la force des uns et la faiblesse des autres. On peut même dire que la question arménienne y est étrangère, car, si les Arméniens sont les plus maltraités, c’est qu’ils sont les plus nombreux et qu’il est facile aussi de donner aux exactions dont ils sont l’objet le caractère d’une répression nécessaire à la sûreté publique.

« La ville est à feu et à sang, sauvez-nous »

La tuerie débuta le samedi 2 novembre : Ce jour-là au lever du soleil, le carnage a commencé et a duré jusqu’au dimanche soir. Ils s’étaient divisés par bandes et procédaient systématiquement maison par maison, en ayant bien soin de ne pas toucher à celles des musulmans. On défonçait la porte, on pillait tout et, si les habitants s’y trouvaient, on les égorgeait. On a tué tout ce qui se présentait sous la main, hommes, femmes et enfants ; les filles étaient enlevées. Presque tous les musulmans de la ville, les soldats, les zaptiés et les Kurdes du pays ont pris part à cette horrible boucherie. Un peu plus loin, dans cette même dépêche, Gustave Meyrier précisa que les Kurdes des tribus ne sont pas entrés, ce qui voulait dire que les portes de la ville avaient été volontairement fermées par les autorités, car on savait fort bien que ces hordes de sauvages ne font pas de distinction entre les religions et que, si on déchaînait leurs instincts de pillage et de meurtre, toute la ville, les musulmans comme les chrétiens, y serait passée.

Cependant, quelques chrétiens parvinrent à se défendre avec le peu d’armes qu’ils avaient et réussirent à protéger certains quartiers. Les rues étant étroites et facilement défendables, mais aucun ne put s’échapper de la ville. Le couvent des pères capucins accueillit plus de 3 000 chrétiens de toutes les confessions ainsi que le consulat de France où plus de 1 500 personnes avaient trouvé refuge. Des actes d’une incroyable cruauté furent commis. On a égorgé sur les genoux d’un père de famille ses cinq enfants et lui, ensuite, a subi le même sort.  

La situation dans le Tour Abdin et Midyat

Longtemps aussi fut entretenue l’idée que le plateau montagneux du Tour Abdin fut épargné. Il n’en était rien. L’éloignement certain de Midyat, par rapport à la capitale de la province, située à plus d’une centaine de kilomètres, contribua à minimiser la portée réelle des troubles, car de fait nous n’en possédons que très peu de témoignages. Néanmoins, les propos écrits par le diplomate français sont sans ambiguïté :

Malheureusement il n’en était pas de même dans les villages (sous-entendu les villages du Tour Abdin) où il n’y avait pas de Consul de France en péril. Là, le massacre a duré encore plus de quinze jours.

Midyat fut touché par les massacres, même si nous n’en savons pas l’ampleur. Il en fut de même pour les villages du Tour Abdin comme le témoignage du père Galland, dominicain en mission à Djézireh, semble le suggérer. C’est à partir de Djézireh que commencent les scènes de sauvagerie. À Djézireh même, contre toute attente il ne s’est rien produit, et le père Galland a vécu jusqu’ici en sécurité ; mais tout près de là, dans les villages jacobites du Djebel Tour, les Kurdes ont pillé et massacré à leur aise.

Le témoignage du père Galland fournit un peu plus d’informations sur la tournure que prirent les évènements dans le Tour Abdin, lorsqu’une année plus tard il en traversa la partie orientale pour se rendre à Seert. Il a été publié dans un compte-rendu daté du 1er novembre 1896, de « Djézireh à Seert en passant par le Djébel Tour ».

Je ne saurais vous dire, la tristesse poignante qui nous a saisis en voyant dans les villages chrétiens que nous avons traversé les traces encore récentes du pillage et de l’incendie, les maisons sans toit ni portes, toutes grandes ouvertes et vides de leurs habitants, les églises profanées dans le même état, les moissons abandonnées dans les champs faute de bras et de bêtes de transport. Des localités importantes, presque dépeuplées, où l’on ne voit plus que quelques groupes de femmes et d’enfants errant à travers les ruines, les hommes ayant pour la plupart succombé sous les balles et les poignards kurdes (…) dans les moindres villages les victimes se comptent par centaines, et il est à remarquer que partout les premiers frappés ont été les prêtres, puis les maîtres d’école et les principaux propriétaires ou autres personnages influents. (…) Les Kurdes viennent à tout moment enlever aux villageois chrétiens le peu de troupeaux et de récoltes qu’ils ont pu sauver.

Ces témoignages sont les seuls qui peuvent attester du massacre des syriaques dans le Tour Abdin en 1895, mais il serait chimérique d’avancer des chiffres. Ils permettent néanmoins d’affirmer que les syriaques orthodoxes, comme catholiques, furent des victimes à part entière, à la différence de Diyarbakir par exemple, où une forte présence arménienne pouvait laisser supposer à certains auteurs, comme le fit le révérend Wigram, que les victimes non-arméniennes avaient été l’objet de « bavures ». Cette interprétation est maintenant désuète et inacceptable d’un point de vue strictement historique. Au fur et à mesure que j’avançais dans ce travail, je me suis rendu compte que les événements tragiques de la Première guerre mondiale avaient été l’aboutissement d’un long processus de rejet du christianisme oriental, commencé dès 1880. Jamais la logique génocidaire de 1915, n’aurait pu se réaliser dans une telle ampleur, ni même se comprendre, sans considérer les vagues successives de massacres commencées depuis plusieurs décennies. Les syriaques/assyriens furent les victimes oubliées, et parfois même méprisées, de cet horrible bain de sang, précurseur de tous les génocides du XXe siècle. Notre mémoire universelle ne peut se permettre d’ignorer ces événements.

 Sébastien de Courtois

Les citations de cet article sont publiées dans l’ouvrage de l’auteur :

« Le Génocide oublié », Ellipses, Paris, 301 pages.

La Turquie doit reconnaître le génocide assyro-chaldéen de 1915

Où que ce soit dans le monde, en Afrique ou en Asie, l’une des caractéristiques communes aux génocides est la non-reconnaissance du génocide par ses instigateurs. Cette situation est aussi valable pour la Turquie. La Turquie nie toujours le génocide organisé, planifié, programmé et systématiquement exécuté par le parti Union et Progrès qui formait le gouvernement ottoman. Au Rwanda, près d’un million de Tutsis ont été massacrés en l’espace de trois mois. Certains responsables de ce génocide ont été arrêtés et emprisonnés. Savez-vous ce que déclarent les coupables quand il est question du massacre qu’ils ont commis ? Ceux-ci prétendent qu’il s’agit d’un "soi-disant génocide" ! Et cette expression n’est jamais absente des propos tenus par les défenseurs de la pensée officielle turque.

En Turquie, débattre du génocide assyro-chaldéen et arménien vient en tête des tabous existants. Cependant, comme dans tous les pays du monde, en Turquie même, il y a deux fronts opposés sur la question. D’un côté, le front représenté par les défenseurs de la pensée officielle ; d’un autre, le front des défenseurs des peuples minoritaires qui affirment que la Turquie doit faire face à son passé récent.

Ces deux fronts, c’est-à-dire deux points de vue divergents sur l’histoire, existaient également dans le passé. D’un côté, le front de ceux qui planifiaient le génocide jusqu’à ses moindres détails ; et de l’autre, le front de ceux qui, au prix de leur vie, se sont soulevés contre le génocide en cachant et protégeant des chrétiens dans leurs maisons.

Les bons et les méchants

Le Cheikh Fethullah était un homme religieux musulman reconnu de la région de Mardin. Aujourd’hui, de nombreux Assyro-Chaldéens se souviennent encore de lui et le respectent. Son portrait est de nos jours accroché à un mur du monastère historique de Mardin, Dayroul Zafaran. Car de nombreux Assyro-Chaldéens ont été sauvés grâce à lui. Que veut-on exprimer à travers le portrait qui décore les murs du monastère ? Le fait qu’il n’y ait pas, en Turquie, que des méchants mais aussi des bons. Cela était le cas et en Allemagne et au Rwanda. Il s’agit, en quelque sorte, d’une lutte entre le bien et le mal. Pour comprendre le génocide commis contre les Assyro-Chaldéens, les Arméniens et les Grecs sur le territoire turc en 1915, il faut étudier en profondeur, spécialement le dernier siècle de l’empire ottoman. Il faut se pencher sur les relations et les problèmes entre le pouvoir ottoman et l’Angleterre, l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Autriche, la Russie des Tsars ainsi qu’avec les autres pays.  

Au cours de ce siècle, l’empire ottoman n’arrive pas à s’adapter aux réformes appliquées par les pays européens et aux réformes que ces pays exigent. D’une certaine manière, l’empire est en retard sur son siècle et est désigné à travers le monde comme un « homme malade ». Plusieurs peuples ont lutté et acquis leur indépendance nationale et se sont détachés du pouvoir ottoman. A cette époque, les Assyro-Chaldéens vivaient dans le sud-est de la Turquie et plus particulièrement dans les régions de Mardin, Ourfa, Kharpout, Diyarbakir, Van, Bitlis et Hakkari. La Première Guerre mondiale commence à une période où les Assyro-Chaldéens ne sont pas, comme les Arméniens, gagnés par un processus de nationalisme et de réveil identitaire. Cette guerre qui survenait à point nommé, donnait à l’empire ottoman une occasion en or pour se débarrasser des minorités chrétiennes. Ces minorités allaient être éliminées de la vie sociale et économique. Et voilà ! Cette élimination faite de manière consciente, planifiée, systématique, mise à exécution par une autorité centrale est nommée : Génocide !

Comme dans toute guerre, on a vécu, lors de la Première Guerre mondiale, des événements marquants, des tragédies indescriptibles. Et à l’ombre de ces tragédies, l’humanité a été témoin du premier génocide du siècle. Ce crime est un génocide commis sous la direction de l’Union et Progrès de l’Empire ottoman, contre les peuples chrétiens assyro-chaldéen, arménien et grec. Lors de ce génocide, des centaines de milliers de personnes, sans distinction de femmes ou enfants, ont été tués d’une manière barbare, sans aucune pitié. Des hommes et des femmes ont été collectivement jetés dans des fossés, bien vivants et on les a couverts de la mort. D’autres ont été transportés par bateaux et barques au large et jetés aux poissons. Des dizaines de milliers de personnes ont péri par l’épée. Les femmes ont été violées. Devant les yeux tristes de leurs enfants, des pères et des mères ont été mis en morceaux. Des centaines de milliers de malheureux ont été sciemment abandonnés à la mort dans les déserts mésopotamiens, sans eau ni nourriture. De grandes souffrances, de grands événements, de grandes tragédies furent vécues. A la veille de la Première Guerre mondiale, la population totale de la Turquie (14 millions) incluait quatre millions et demi de personnes issues des peuples chrétiens de l’empire. Cette population représentait donc approximativement 33% du total. De nos jours, la population totale des chrétiens de Turquie ne représente plus que 0,1% sur l’ensemble de la population. Qu’est-il arrivé à ces peuples ? Qu’est-il arrivé aux Assyro-Chaldéens, aux Arméniens, aux Grecs ? Où sont-ils ? Où ont-ils disparu ? La diversité des hommes n’est-elle pas la plus grande richesse d’un pays ? Alors, qu’est-il arrivé à la plus grande richesse de la Turquie, à sa mosaïque diverse ?

La mosaïque, la diversité et le mélange dont il est question ont été anéantis. Il s’agit, en vérité, d’une élimination mise en pratique de manière consciente. Oui, le premier génocide de notre siècle a été commis contre les Assyro-Chaldéens et les autres peuples chrétiens, de façon planifiée, programmée et systématique. Plus de deux millions de personnes ont été tuées et au moins autant ont été contraintes à l’exil.

Je m’adresse à la majorité silencieuse

Personne n’a le droit, à la vue des guerres, massacres et oppressions qui secouent notre planète actuellement, de prétendre qu’il est incompréhensible de traiter un massacre « oublié » du passé ou de demander ses droits. Car, une telle opinion n’est pas juste par nature. Le crime de génocide est un crime commis contre l’humanité qui ne peut être frappé de forclusion. Un tel crime qui ne doit être oublié, peut provoquer de nouvelles tragédies s’il venait à être effacé.

Tout le monde sait que Hitler, lors du génocide qu’il a commis contre les Juifs, les Tziganes et tous les défenseurs de la démocratie pendant la deuxième guerre mondiale, a profité du silence, de l’insensibilité et de l’oubli de l’opinion publique internationale, lorsqu’il disait « mais qui se souvient encore du génocide des arméniens ? ». Hitler pouvait-il commettre, à l’ombre de la Deuxième Guerre mondiale, le deuxième plus grand génocide de notre siècle, si l’opinion publique internationale et les pays démocratiques n’étaient pas restés insensibles et spectateurs à l’horreur des massacres de notre peuple commis à l’ombre de la Première Guerre mondiale ? C’est justement pour cette raison que je m’adresse à vous, à la majorité silencieuse ! Le but unique et premier des débats et des propos concernant les massacres vécus dans le passé n’est pas d’abhorrer les actes barbares. Ce cri est également important du point de vue de la vie commune, dans une société démocratique, sécurisée, des personnes de religion, de race et de culture différentes. Seules les sociétés possédant un mécanisme et un fonctionnement démocratiques peuvent se tenir loin de toutes sortes d’oppressions et de massacres. On doit bien comprendre que la caractéristique commune de tous les massacres et génocides commis jusqu’à maintenant dans le monde, est qu’ils l’ont été dans des pays non-démocratiques, perpétrés par des forces anti-démocratie !

C’est pourquoi, il est très important de savoir dans quelle société et dans quel monde nous voulons vivre !

Voulons-nous vivre dans des sociétés où des hommes et des femmes de race, de religion, de langue et d’ethnie différentes peuvent vivre ensemble, de manière équitable et fraternelle ; ou, dans des sociétés où certaines forces impitoyables ne peuvent même pas supporter la moindre tolérance envers l’autre ?

Le problème n’a pas pour origine l’appartenance à des ethnies différentes des personnes. La vraie question est que certains ne peuvent ni accepter ni supporter une telle diversité et une telle beauté. C’est ce qui s’est passé, en Turquie, à l’ombre de la Première Guerre mondiale.

Le massacre des Giaours (infidèles)

Il y a un écrivain originaire de Turquie qui vit en Allemagne. Il s’appelle Ismail Kemal Yalçın. Ce dernier a réalisé de nombreux reportages avec des Arméniens et des Assyro-Chaldéens concernant le génocide passé. Ce que raconte un vieux monsieur dans l’ouvrage écrit à ce sujet par Yalçın, « Seninle Güler Yüreğim » (Avec toi, sourit mon cœur), exprime bien les sentiments et l’opinion de la majorité des Assyro-Chaldéens. Le vieil homme du livre racontait cela :

« Une grande majorité d’entre nous, n’a pas vécue cette grande, cette horrible tragédie. Mais, nous avons hérité de cette lourde souffrance… Rien que son souvenir m’attriste profondément ! Bien que nous n’ayons pas vécu ces jours horribles, ces voyages vers la mort, nous en gardons les traces indélébiles. Qu’ont-ils pu faire, ceux qui les ont vécus ? Dans nos contrées, on a généralement fait tuer les Arméniens par les Kurdes. Tout le monde sait cela. Les Kurdes parlent du « massacre des Giaours ! » (Je dois vous préciser que le mot Giaour, infidèle, est utilisé en Turquie à l’encontre des chrétiens dans un sens humiliant). Je n’accuse absolument pas tous les Kurdes ni tous les Turcs. Ma colère est contre ceux qui ont planifié dans les moindres détails et exécuté cette catastrophe. Je serai soulagé le jour où les responsables seront révélés et la triste vérité reconnue. Je n’ai aucune haine ni contre les Turcs ni contre les Kurdes ! Je n’ai pas le moindre souhait intérieur de vengeance ou de demande de comptes. Il y a des bons et des mauvais et chez les Turcs et chez les Kurdes ! Mon problème, mon irritation, ma colère, c’est avec et contre ceux qui ont fait exécuter ce massacre. Que la honte tombe sur les responsables de ce crime ! Que Dieu les maudisse de mille et une manières ! ». Oui, les sentiments et opinion exprimés ici sont ceux de la majorité des Assyro-Chaldéens. Notre problème est avec ceux qui ont fait exécuter le génocide en le planifiant jusque dans ses moindres détails. Ne sont-ils pas morts ? Allez-vous me demander. Oui, ils sont morts. Cependant, sur leur héritage, un État a été fondé. L’Etat de la République de Turquie de nos jours a été ainsi fondé. La Turquie a été homogénéisée. Le gain de ceux qui ont commis le génocide est précisément celui-ci. La pensée consistant à affirmer que la richesse économique de la classe dirigeante la Turquie a été possible grâce à l’anéantissement du peuple chrétien massacré, n’est pas une opinion à négliger. Cependant, à ma connaissance, aucune étude sérieuse n’a encore été menée en Turquie sur cette affirmation. Le génocide perpétré dans les années 1915 a donné des gains politiques et économiques. Ceux qui dirigent l’actuelle Turquie nient le génocide. La pensée officielle de la Turquie avance la thèse suivante concernant les événements de 1915 : « L’événement dont il est question est un fait vécu dans le passé ; laissez les historiens discuter de cela ! »

Pourquoi la Turquie s’accroche-t-elle autant à cette thèse ? Justement parce qu’elle souhaite faire oublier cet événement en le rendant passif. Si son but réel était de confier ce travail aux historiens, elle aurait eu davantage de tolérance envers les scientifiques comme Taner Akçam qui pensent différemment qu’elle. Or, nous savons très bien que les personnes comme Taner Akçam n’ont pas la possibilité d’exprimer librement leur opinion en Turquie ni de mener des études à ce sujet. Ceux-là, parce qu’ils osent dire la vérité, sont carrément pourchassés. La Turquie est encore très loin d’une gouvernance démocratique. Dans un pays démocratique, il ne doit pas y avoir de tabous. Les petits-enfants des Assyro-Chaldéens, des Arméniens et des Grecs massacrés demandent à la Turquie la reconnaissance du génocide qu’elle a commis, de demander pardon pour ce crime et de se soumettre au droit international. Sans que tout cela ne se soit réalisé et sans que des étapes démocratiques ne soient franchies, il ne serait pas juste d’intégrer la Turquie à l’Union européenne. Selon nous, les pays européens devraient invoquer la reconnaissance du génocide comme une pré-condition au processus de négociations à l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. La négation n’est que le symbole d’un second génocide.

Le fait que la Turquie reconnaisse et demande pardon pour le génocide est la meilleure des choses à faire. La Turquie pourra tirer profit d’un tel comportement. Si elle arrive à bien évaluer son passé et à regarder son histoire de façon critique, ceci n’aura pour conséquence que d’accroître le respect de la communauté internationale envers elle. Par contre, le reniement ne provoquera que le contraire.

La reconnaissance du génocide de 1915 sera comprise, du moins, comme le symbole d’une maturité accrue et cela aura pour conséquence également de montrer que les tragédies vécues dans le passé ne se reproduiront plus. Le fait que la Turquie se confronte enfin avec son passé, règle ses comptes avec lui, respecte les droits de l’homme et se démocratise sera bénéfique pour l’ensemble de la communauté internationale.

Enfin, je voudrais vous dire ceci : le génocide des Assyro-Chaldéens reste méconnu de l’opinion publique internationale. Ce génocide méconnu et renié nous attriste, nous, enfants d’un peuple ayant subi le génocide. Plusieurs problèmes que nous vivons dans notre vie quotidienne en tant que groupe ethnique ne sont que le souvenir amer du génocide oublié. Le monde démocratique qui n’a pas pu prévenir, dans le passé, le génocide commis contre notre peuple, peut au moins nous aider dans la résolution de nos problèmes actuels.

Le génocide assyro-chaldéen, le premier du 20e siècle, doit avoir une place plus large dans les programmes universitaires. Un génocide doit être nommé comme tel quelque soient les lieux où il est commis et quelque soient les responsables d’une telle barbarie. Le génocide est un crime contre l’humanité qui est imprescriptible. La science historique ne consiste pas seulement en l’étude du comment et où des événements. La science historique consiste en même temps à tirer des leçons du passé. Les génocides du passé doivent être connus et condamnés pour éviter que de nouveaux génocides n’entachent l’histoire de ce monde. C’est pourquoi, le premier génocide du 20e siècle, celui des Assyro-Chaldéens, doit être connu et étudié. Ceux qui nous suggèrent d’oublier cet événement du passé ne font que de mauvaises propositions et ne mesurent pas la portée de leur opinion. Histoire ne veut en aucun cas dire oublier. L’Histoire, c’est savoir. L’Histoire, c’est apprendre. L’Histoire, c’est regarder le futur avec confiance.

Est-il si facile d’oublier ?

Ceux qui nous proposent d’oublier le génocide que nous avons vécu sont des personnes qui ont beaucoup de mal à nous comprendre. Ces gens ne connaissent pas suffisamment les conséquences des génocides, leurs dimensions socio-économiques, politiques et psychologiques. Ils nous demandent d’oublier. Est-il si facile d’oublier ? Nous, Assyro-Chaldéens, avons perdu, lors du génocide de 1915, près des deux-tiers de notre population.

Nous avons été arrachés et chassé de nos terres. Les survivants du génocide se sont éparpillés dans les quatre coins du monde. Nous sommes une nation qui lutte aujourd’hui pour l’existence et contre la disparition. Comme je l’ai dit précédemment, la plupart de nos problèmes actuels ne sont que le fruit du génocide que nous avons vécu dans notre passé récent. Comment pouvons-nous oublier cela ?

Moi personnellement, lorsque j’avais sept ou huit ans, je voyais souvent mon grand-père pleurer. J’étais un enfant. Je ne comprenais pas pourquoi ce vieil homme pleurait. Je savais juste que ses trois frères lui manquaient énormément. Oui, je ne savais rien d’autre ! J’ai appris tous les détails, il y a trois mois de cela, par le hasard d’une rencontre avec une femme âgée de 97 ans en Allemagne. Les frères que mon grand-père aimait tant, qui lui manquaient tant avaient été tués lors du génocide de 1915 ; c’est pour eux que mon grand-père pleurait. Moi, je n’ai appris les détails de cette histoire qu’il y a trois mois. Et en trois mois, j’ai rêvé de mon grand-père décédé il y a plus de trente ans, à trois reprises. Ils nous demandent, ils me demandent d’oublier tout cela. Comment puis-je oublier tout cela ? Comment puis-je oublier mon grand-père, mon village, mon peuple, ma patrie, mes amis ? Tout cela fait partie de mon histoire. Il m’est impossible d’oublier.

Bien sûr, même si on le souhaite, nous ne pourrons faire revenir ceux qui sont partis. Cependant, la Turquie nous doit au moins une demande de pardon. La Turquie doit reconnaître le génocide qu’elle a commis. Il n’y a pas d’autre issue à cela. La reconnaissance du génocide ne peut être que bénéfique à la Turquie. Tout du moins, le respect de la communauté internationale envers la Turquie ne fera qu’augmenter et le pays se trouvera rapproché de la démocratie. Le renier produira l’effet contraire.

 

Sabri Atman

Témoignage d’Ourmiah

Mary Schauffler Platt se trouvait à Ourmiah, lors de l’occupation turco-kurde et tenait un journal de mission. Entre le 9 janvier et le 3 juin 1915, elle a relaté dans ce cahier les événements marquants, la vie quotidienne de la mission et la tragédie des Assyro-Chaldéens. Voici des extraits de ce qu’elle a écrit dans son journal pour la journée du lundi, 11 janvier 1915 :

« Quelques familles venues de Didjala se sont installées dans notre salle de réunion. L’autre nuit, Victoria est venue me voir pour me dire qu’une vieille dame venait d’arriver et m’expliquer qu’elle n’était pas en état de répondre à aucune question. J’ai retrouvée cette dame dans un coin du couloir, assise, repliée sur elle-même. Elle n’a pu dire qu’elle avait froid. Au début, elle n ‘a rien pu manger mais elle était un peu mieux après avoir bu un peu de thé. Nous n’avions pas de place pour l’héberger, tout était complet. Seul un couloir au sol en pierre était vide. Nous avons placé un de mes tapis et la pauvre femme s’est tout de suite endormie. Elle était la femme du gardien de notre église de Barbaroud qui se trouve à quinze miles d’ici, dans le sud. Les Kurdes avaient violé cette vieille dame quelques jours auparavant. Elle avait pu s’échapper. Elle était venue jusqu’ici pieds nus, avec un vieux vêtement, sans rien manger pendant des jours. Elle est décédée quelques jours après. Une pauvre femme enceinte dont le mari et le fils ont été tués avait perdu la tête ; nous n’avons pu la placer à un autre endroit que sous l’escalier, dans son état. Je me suis réveillée au milieu de la nuit, elle frappait à la porte. Elle avait dans les bras le bébé qu’elle venait d’accoucher. Grâce à Dieu, elle a pu être hospitalisée le lendemain. A l’hôpital, elle et son bébé allaient être mieux gardés. Mais, la jeune mère a succombé deux jours après. Sur le terrain où se trouvent le collège et l’hôpital il n’y a plus que deux mille personnes et près de 12 000 autres sont chez nous. Tous les jours, de nouveaux réfugiés viennent. […] Nous n’avons plus de place pour héberger ces gens. Nous n’arrivons pas à sortir les morts qui sont dans les bâtiments de la cour. Nous les avons enterrés dans la petite cour à côté de l’église. Vingt-sept personnes, jusqu’à maintenant. Tous les jours, quelques personnes meurent. Il n ‘y a, pour eux, ni linceul ni cercueil »

Mary Schauffler Platt

Au lendemain du génocide, les traités de paix et les Assyro-Chaldéens

Les Massacres

Le XXe siècle restera pour le peuple assyro-chaldéen celui de la tragédie. En effet, depuis la chute de Ninive, de Babylone et des royaumes araméens, les Assyro-Chaldéens n’ont jamais été à l’abri des persécutions, qui prirent une tournure dramatique avec ce siècle. Évalués à 750 000 membres en 1914, ils vivaient, à la veille de la première guerre mondiale, au sud et sud-est de la Turquie (Tour Abdin, Mardin, Diyarbakir, Hakkâri, Seert), au nord-ouest de l’Iran (Ourmiah et Salamas), en Irak septentrional (Mossoul, Kirkouk, Dehok, Zakho, Arbil…), dans la Djézireh syrienne et au Caucase (Géorgie et Arménie). Un tiers de la population vivait dans un espace géographique arabe et deux tiers dans l’aire turcopersane. Lorsque la Turquie entra en guerre en novembre 1914, les Assyro-Chaldéens crurent l’heure de l’affranchissement de la domination ottomane proche. Ils prirent part à la guerre aux côtés des Alliés. D’abord quelques faits historiques méritent d’être signalés. Durant l’hiver 1914-1915, lorsque les Turcs prirent l’offensive contre les Russes sur le front du Caucase, ils envoyèrent une armée renforcée de tribus kurdes dans la province persane de l’Azerbaïdjan à l’est du vilayet de Van, dans les parties occidentales du lac d’Ourmiah, dont la population était composée en majeure partie d’Assyro-Chaldéens. Or les forces russes trop faibles en nombre, qui occupaient la province depuis 1911, se retirèrent vers le nord, le 2 janvier 1915. Alors, les troupes turco-kurdes pénétrèrent jusqu’à Tabriz, tandis que les villages assyro-chaldéens restaient en leur possession de janvier à fin mai 1915. Les Russes furent suivis dans leur retraite par une partie de la population -près de 15000 personnes- qui souffrirent des rigueurs de l’hiver lors de l’exode.

Ceux qui restèrent, se réfugièrent dans la ville d’Ourmiah et subirent toutes sortes d’exactions durant les vingt semaines de l’occupation turco-kurde de la ville. La guerre fut très meurtrière pour les Assyro-Chaldéens. Plusieurs milliers périrent du fait des troupes turques et des irréguliers kurdes. Des massacres eurent lieu. Ce fut un génocide sur l’ensemble du territoire assyro-chaldéen. A ce sujet les documents émanant aussi bien des autorités officielles politiques, civiles et religieuses françaises, britanniques, allemandes et américaines, sont nombreux et éloquents, et reconnaissent les malheurs subis par ce petit peuple. Un exemple : le Blue Book britannique. On ignore que ce Livre Bleu intitulé The treatment of Armenians in the Ottoman Empire, édité sous la direction de l’éminent historien Arnold J. Toynbee, traite aussi des massacres assyro-chaldéens de la Grande Guerre. En effet, sur les 684 pages composant l’édition originale anglaise, 104 sont consacrées aux Assyro-Chaldéens. Et toute la documentation provient de témoins oculaires.

A l’époque, plusieurs appels furent lancés en direction des pays européens. Maints ouvrages furent rédigés en vue de faire connaître ces douloureux événements et d’alerter l’opinion publique mondiale.

Promesses d’autonomie

Au lendemain de la victoire des Alliés, l’Empire Ottoman démantelé, les Assyro-Chaldéens furent remplis d’espoir. Ils se laissèrent persuader que la Grande-Bretagne et la France leur accorderaient un foyer national sur leurs terres ancestrales. Cela était d’autant plus vraisemblable que les Anglais s’étaient engagés à leur accorder soit une entité autonome, soit à faire des arrangements en vue de leur garantir la sécurité d’une existence honorable. Des déclarations furent faites par les autorités britanniques dans ce sens. La France avait tenu des propositions similaires et avait fondé en Syrie un Bataillon assyro-chaldéen. Le Général Gouraud déclarait en 1920, que la France est « d’avance disposée à donner aux Assyro-Chaldéens établis sur le territoire sur lequel elle exerce le mandat leur indépendance et les garanties dues aux minorités. »

A Paris, devant la conférence de la Paix (1919)

Lors des négociations de paix qui se sont déroulées à Paris en 1919, plusieurs délégations assyro-chaldéennes s’adressèrent aux Alliés. Six mémorandums furent remis au secrétariat de la Conférence, et cinq délégations y étaient présentes, lesquelles réclamaient sans exception, un État assyro-chaldéen. Celle conduite par Saïd A. Namik et Rustem Nedjib, venus de Turquie, était soutenue par le patriarche chaldéen Joseph Emmanuel II Thomas, qui viendra en Europe en 1919 faire entendre le message de son peuple. C’était la délégation la plus active et son mémorandum retint l’attention des négociateurs et des diplomates. Ses représentants seront reçus par le président de la République française, Paul Deschanel, en 1920. Leurs revendications visaient à la constitution d’un État assyro-chaldéen autonome en Mésopotamie. Les différentes délégations nourrissaient de grandes prétentions mais avaient des désaccords notoires, notamment en matière politique. Elles divergeaient sur la puissance tutélaire et sur un éventuel mandat exercé par la SDN. Certains, les catholiques, étaient favorables, à un mandat français sous la tutelle de la SDN, alors que les Assyriens "nestoriens" et les protestants caressaient des projets dans le sillage britannique et américain.

Les 19-25 avril 1920, la Conférence de la Paix se réunit à San Remo. C’est là que furent arrêtés sous leur forme définitive, les conditions du traité de paix avec la Turquie. A cette Conférence de nombreux accords conclus entre les puissances alliées (France, Grande Bretagne…) sur le partage du Proche-Orient, sont remis à jour à la lumière des rapports de force. Un mémorandum relatif à un accord au sujet des pétroles fut signé à San Remo, le 24 avril 1920, entre la France et la Grande Bretagne, sous les auspices de la SDN. En vertu de cet accord, le vilayet de Mossoul est attribué à l’Irak sous mandat britannique. En contrepartie, le gouvernement britannique s’engageait à accorder au gouvernement français, ou à ceux qu’il désignera, une part de 25% des prix courants du marché, dans la production nette d’huile brute.

Le traité de Sèvres (10 août 1920) : un mince espoir

Le 10 août 1920, le traité de Sèvres fut signé entre les puissances victorieuses et la Turquie. Dans cette consécration du démembrement de l’Empire ottoman, quel fut le sort réservé aux Assyro-Chaldéens?

Il est dit que le plan futur devra « comporter des garanties complètes pour la protection des Assyro-Chaldéens et autres minorités ethniques ou religieuses » à l’intérieur d’un Kurdistan autonome. Mais ce traité n’a jamais été appliqué et fut remplacé par celui de Lausanne.

Le traité de Lausanne (24 juillet 1923) : la fin des illusions

Trois ans après le traité de Sèvres, le traité de Lausanne a annihilé l’autonomie politique des Assyro-Chaldéens et des autres minorités ethniques. Ce traité met fin au dossier assyro-chaldéen comme peuple. Une délégation assyro-chaldéenne présenta au nom du "Conseil national assyro-chaldéen" des réclamations spécifiques à la Conférence de Lausanne, en décembre 1922 et janvier 1923. Trois notes seront adressées à la Conférence et leurs délégués viendront à Lausanne plaider la cause de leur peuple, mais en vain.

 

Conclusion

De la Conférence de la paix (1919) au traité de Lausanne (1923), en passant par le traité de Sèvres (1920), les pays européens et notamment la France, ont accueilli et traité avec sympathie les revendications assyro-chaldéennes. Mais des impératifs économiques et géopolitiques viendront l’emporter sur les considérations humanitaires. Reconnaître aujourd’hui le génocide assyro-chaldéen de 1915, n’est-ce pas rendre justice à un peuple vivant, mais indûment oublié, qui a pourtant grandement contribué à la civilisation mondiale.

 

Joseph Yacoub

 A lire la suite sur http://medias.aacf.asso.fr//aacf/1915.htm

 

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