Nantes

Chrétiens d’Irak, les Osachi ont trouvé refuge à Nantes

Dans leur région natale de Ninive, dans le nord de l’Irak, les Osachi ne manquaient de rien. Amil enseignait les statistiques à l’université (1). Sa femme Kameela était secrétaire dans une entreprise. Le couple et ses trois enfants – Marie, Laure et Mathieu – vivaient dans une belle maison de Mossoul, la deuxième ville du pays. Catholiques pratiquants, ils ne souffraient d’aucune persécution dans cette région à majorité musulmane. Mais la guerre du Golfe a bousculé ce bel équilibre. « À partir de là, tout a changé, résume Amil, 57 ans. Les gens sont catalogués selon leur religion. Avec leurs prénoms, nos enfants sont forcément désignés comme chrétiens. » Amil commença à se sentir menacé, il craignait pour sa vie.

En 1992, la famille décide de quitter le pays et boucle rapidement ses valises. « Il ne fallait pas éveiller les soupçons, précise Kameela, 52 ans. Quitter l’Irak pour un pays occidental était considéré comme une faute grave. » Destination : la France, où vivent des cousins éloignés. Ils atterrissent dans la petite ville de Digoin (Saône-et-Loire) où ils sont hébergés comme demandeurs d’asile dans un foyer de la Sonacotra. « Du jour au lendemain, on n’avait plus rien, se souvient Kameela. On ne parlait pas un mot de français et on ne connaissait pas les lois du pays. »

Dans cette ville inconnue, la famille compose avec les contraintes d’un hébergement collectif. « La nuit, j’avais peur pour mes enfants qui ne dormaient pas dans la même chambre », raconte Kameela. Les enfants sont inscrits à l’école et les parents suivent des stages intensifs de français. Au bout d’un an et demi d’une vie familiale entre parenthèses, les Osachi obtiennent le statut de réfugiés politiques. Un grand moment de joie. Ils mettent alors le cap sur Nantes, un peu par hasard. « On nous avait conseillé trois villes en France : Nevers, Rennes et Nantes, explique Amil. Nous sommes allés à Nantes parce qu’il y avait encore de la place dans le centre d’hébergement pour réfugiés. »

Six mois plus tard, la famille emménage dans son propre appartement, un logement social. Reste à franchir un nouvel obstacle : le marché de l’emploi ouvre difficilement ses portes à Amil. Faute de diplômes équivalant au sien, il ne peut pas exercer son métier en France. Le père de famille frappe à toutes les portes, soutenu par l’association Solidarités nouvelles face au chômage (SNC). Mais son âge, sa maîtrise insuffisante du français et ses qualifications posent des problèmes. Gagné par le découragement, lassé de rester à la maison quand Kameela enchaîne les petits boulots, il envisage de reprendre son travail d’enseignant en Irak. Mais sa femme refuse de le laisser partir : « On était en 2005. La situation était trop dangereuse. »

Les Osachi tentent alors de créer leur propre activité : un restaurant de spécialités libanaises. Épaulés par les services sociaux du conseil général, le centre social du quartier des Dervallières et des amis bienveillants, ils montent un dossier pour souscrire un emprunt. « On a contacté une dizaine de banques, raconte Kameela. Une seule a accepté. » Une chaîne de solidarité se met en place autour d’eux pour rafraîchir les locaux, concevoir les menus, la décoration, etc. « On est tombé sur les bonnes personnes dès le début, souligne la mère de famille. On ne remerciera jamais assez ceux qui nous ont aidés : les anciens propriétaires du restaurant, les services sociaux, les amis, la famille… » Le restaurant, Le Cardamome, ouvre en août 2006 avec les parents en cuisine et Marie, l’aînée, âgée de 23 ans, au service. L’activité fonctionne de mieux en mieux, portée par le bouche-à-oreille de l’entourage. « On travaille énormément, mais on se sent tellement bien », sourit Kameela. Les deux autres enfants du couple sont, à 18 et 21 ans, encore étudiants. Tous ont l’intention de faire leur vie en France. « Quand on a quitté l’Irak, ils étaient notre seule richesse, poursuit leur mère. On a tout fait pour leur offrir la meilleure vie possible. »

Aujourd’hui, Amil et les siens ont le sentiment d’avoir trouvé leur place. « On se sent bien ici, confirme Marie. On apprécie de vivre dans un pays laïque où l’on peut pratiquer sa religion en toute liberté. » Désormais, ce sont eux qui accueillent les familles chrétiennes d’Irak venues se réfugier à Nantes. Elles sont 25 à vivre dans cette ville qui « sourit aux voyageurs », comme l’énonce sa devise. 

PAGNEUX Florence
La Croix 30/12/2008
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