Les chrétiens d’Irak ont prié pour la paix

Les chrétiens d’Irak ont prié pour la paix

Les chaldéens et syriens-catholiques du nord de l’Irak ont fêté Pâques dans une relative tranquillité, avec l’espoir qu’un avenir est possible pour eux sur ces terres.

«Je vous laisse ma paix, c’est la paix que je vous donne ». Chanté par le P. Mazen Matoka au cours de la longue vigile pascale syrienne-catholique en l’église Tahira (Notre-Dame la Pure) de Qaraqosh, ce passage de l’évangile de Jean prend tout son sens.

Abbouna – comme on appelle les prêtres en Orient – a perdu son père et son frère le mois dernier, sauvagement assassinés par des terroristes dans leur maison de Mossoul. Lui-même avait été kidnappé en 2008 pendant une quinzaine de jours avant d’être libéré contre paiement d’une rançon. « Pour le moment, ma famille est à Qaraqosh mais je ne sais si je vais rester ici ou repartir à Mossoul », explique le P. Matoka.

Comme lui, 13 000 chrétiens sont arrivés à Qaraqosh depuis 2003, après avoir fui Bagdad ou Mossoul. Si bien que ce gros bourg de la plaine de Ninive, à une demi-heure de route de Mossoul, au nord de l’Irak, est aujourd’hui chrétien à 98% avec 40 000 chrétiens, majoritairement syriens-catholiques, mais aussi chaldéens (catholiques) et syriens-orthodoxes.

«Beaucoup d’hommes ont été tués ou ont émigré»

En cette nuit de Pâques, les neuf églises de la ville sont pleines à craquer, telle Tahira où plus de 3000 fidèles s’entassent dans la vaste nef et dans les cours extérieures pour suivre cette liturgie syrienne, dont les mélopées répétitives scandées de cymbales et de grelots semblent si étrangères aux oreilles occidentales. Devant chaque église, des barricades gardées par des policiers gouvernementaux en uniforme et « 1100 gardiens chrétiens en civil », selon le chef de la sécurité, Nagib Atallah, et qui, de fait, assurent une certaine sécurité.

Ce n’est pas le cas à Kirkouk, à 250 km au nord de Bagdad : depuis 2003, 28 chrétiens y ont été tués et 11 y ont été kidnappés – le dernier kidnapping datant du 2 janvier. Les 12 000 chrétiens (majoritairement chaldéens) se savent victimes d’enjeux politiques qui les dépassent.

« Beaucoup d’hommes ont été tués ou ont émigré », témoigne Souad Yacoub, elle-même ingénieur dans une compagnie pétrolière de Kirkouk. L’assistance semblait, en effet, majoritairement féminine lors de l’eucharistie du lavement des pieds, Jeudi saint, dans la cathédrale chaldéenne de Kirkouk. « Il ne s’agit pas de laver ses pieds mais son cœur, leur a expliqué Mgr Louis Sako, archevêque chaldéen de Kirkouk pendant l’homélie. Seuls des cœurs purifiés et apaisés peuvent aider à la réconciliation et à l’harmonie dans ce pays. »

Les chrétiens font le pari d’un avenir possible en Irak

Pour lui comme pour bien d’autres responsables d’Églises, les chrétiens peuvent aider à construire la paix en Irak. « Les musulmans eux-mêmes nous le disent, car entre chiites et sunnites d’une part, entre Arabes, Kurdes et Turkmènes d’autre part, ils sont trop divisés pour s’entendre », poursuit l’archevêque de Kirkouk qui se réjouit d’accueillir une délégation des autorités civiles pour la vigile pascale dans sa cathédrale. Il faut dire que le maire de Kirkouk ainsi qu’un membre du conseil municipal sont chrétiens.

Il faut dire surtout que Mgr Sako invite régulièrement des imams de différentes appartenances pour dialoguer, comme en témoignent quelques photos dans les couloirs de l’archevêché. « Le dialogue est la seule solution. Chaque fois qu’il existe, les chrétiens se sentent un peu soulagés », insiste-t-il en demandant instamment aux chrétiens irakiens de ne pas émigrer.

Moins en sécurité qu’à Qaraqosh mais plus qu’à Kirkouk, les chrétiens de Soulemanye font, eux aussi, le pari d’un avenir possible en Irak, malgré tout. Dans cette ville d’un million d’habitants (rattachée au diocèse chaldéen de Kirkouk), à moins d’une heure de la frontière iranienne, vivent désormais 350 familles chrétiennes, alors qu’elles n’étaient qu’une centaine avant 2003. Pendant les célébrations pascales, toutes se sont retrouvées dans la paroisse Saint-Joseph, autour d’Aziz Rassam, le prêtre. Avec une même prière : que vienne la paix dans leur pays.

Claire LESEGRETAIN, à Qaraqosh, Kirkouk et Soulemanye (Irak), www.la-croix.com

 
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