Le Père Raphaël, rescapé de l’attentat dans la cathédrale de Bagdad

Le Père Raphaël, rescapé de l’attentat dans la cathédrale de Bagdad

24/11/2010

Tassé sur lui-même, une lueur d’inquiétude dans le regard, le Père Raphaël est assis dans un fauteuil de velours noir. Il y passe le plus clair de son temps. Là, et sur le lit de la chambre d’hôtel qu’il occupe à Paris, dans le XIIe arrondissement, depuis trois jours après un séjour à l’hôpital Saint-Antoine. Il est le recteur de la cathédrale syriaque catholique de Bagdad, Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours, attaquée le 31 octobre dernier.

« Les chrétiens étaient simplement venus prier ! »

Le Père Élie Wardé, prêtre de la paroisse syriaque catholique de Paris, Saint-Ephrem, me conduit jusqu’à l’hôtel. Un œil à moitié fermé, le Père Raphaël raconte dans un français hésitant: « Il était 5 h du soir. Tout a commencé juste après la lecture de l’Évangile. J’étais assis dans le chœur et je regardais vers l’autel. On a entendu des explosions et quelqu’un a dit : ce sont les terroristes. Ils attaquaient de partout. On ne s’y attendait pas. Qui étaient ces hommes armés ? Je ne sais pas. Ils ont tiré sur les gens, en ont blessé plusieurs. J’ai couru à la sacristie. Les femmes et les enfants pleuraient. Tout le monde criait. Une centaine de personnes y étaient réfugiées. Je ne savais pas ce qui se passait dehors. On ne pouvait pas respirer à cause des gaz. J’ai soudain senti une douleur au côté et je suis tombé. L’armée irakienne nous a délivrés cinq heures après. Je ne sais pas comment ça s’est terminé. Pourquoi tout ça ? Les chrétiens étaient simplement venus prier ! »

L’État français leur a accordé une carte de séjour temporaire

Atteint à l’abdomen et au dos par des éclats de grenade, le Père est transporté à l’hôpital de Bagdad. Grâce à sa sœur, chef de service hospitalier, des médecins interviennent rapidement. Puis il est transféré à Paris, le 8 novembre, avec trente-cinq autres chrétiens irakiens.

L’État français leur a accordé une carte de séjour temporaire pour six mois. Ils peuvent rentrer en Irak s’ils le souhaitent, voyager en Europe, ou faire une demande d’asile en France. Ils n’auront pas à prouver leur persécution auprès de l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) : la retransmission en direct des cinq heures de prise d’otages par les chaînes irakiennes parle d’elle-même. Le Père Raphaël attend d’être remis pour prendre sa décision.

Sa sœur l’a suivi en France. Elle couve son frère du regard. Elle l’accompagne tous les jours à l’hôpital Saint-Antoine pour ses examens médicaux. « C’est lui mon ange gardien », explique-t-elle. On dirait le contraire. Cette femme de 63 ans aux yeux cernés préfère ne pas dévoiler son nom, refuse d’être prise en photo : elle rentre à Bagdad à la fin du mois. Elle était aussi dans l’église au moment de l’attentat. Un « miracle » qu’elle soit vivante, selon son frère. Allongée au sol, couverte de sang, elle n’a pas bougé. Si elle avait fait le moindre mouvement, c’en était fini.

« Je veux oublier »

Le visage las, le Père répète qu’il ne rêve que d’une chose : « me reposer. La nuit, je ne peux pas dormir, j’ai trop mal. Mes reins ne fonctionnent plus bien. Je n’entends plus grand-chose. Je suis fatigué ».

Les nouvelles d’Aljazeera défilent sur l’écran de télévision allumé. Sur le guéridon est posée une icône de la Vierge de Vladimir offerte par un visiteur. La chambre du prêtre ne désemplit pas depuis sa sortie de l’hôpital. Des visites dont il se passerait bien, même s’il ne se plaindra jamais. Il aspire pourtant à ne plus ressasser le drame pour la énième fois. À ne plus en parler : « Je veux oublier », coupe-t-il.

Claire Frangi

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