Les chrétiens de Syrie entre inquiétude et indignation

Les chrétiens de Syrie entre inquiétude et indignation

Certains redoutent que la chute de Bachar Al Assad aboutisse à l’installation d’un régime islamiste.    

Ils sont de plus en plus nombreux à être choqués par la violence de la répression.

« Vivre dans un régime sécuritaire ou sous l’islam intégriste ? » Dans une lettre récemment adressée à l’Aide à l’Église en détresse (AED), Mgr Samir Nassar, archevêque maronite de Damas, religion très minoritaire en Syrie, résumait ainsi l’angoissante question d’un bon nombre de chrétiens de ce pays (1).« Depuis décembre 2010, nous regardons le monde bouger à un rythme accéléré, sans savoir comment réagir ni quelle partie soutenir. Nous devons ménager le pouvoir en place et regarder avec méfiance la révolte des jeunes qui pourrait aboutir à l’installation d’un régime islamiste », poursuivait Mgr Nassar.

Les milliers de réfugiés chrétiens irakiens présents dans le pays ne peuvent les rassurer. Les événements en Irak ont « coûté très cher au petit troupeau des chrétiens de ce pays », témoignait le 5 mai Gregorios III, patriarche d’Antioche et de tout l’Orient, avant de demander aux chefs d’État occidentaux de ne pas encourager les révoltes arabes. « Nos pays ne sont pas préparés pour les révolutions, ni même pour la démocratie selon le modèle européen », soulignait-il.

« Sortir d’une logique de repli communautaire et identitaire»

Il existe pourtant des chrétiens dans les milieux d’opposition, dont certains engagés de longue date. C’est le cas de Michel Kilo, journaliste, politologue et militant des droits de l’homme qui, après trois années de prison à Damas, a été libéré en mai 2009 et reste un ardent défenseur des réformes démocratiques. Pour lui comme pour d’autres opposants politiques chrétiens, l’engagement ne se fait pas au titre de la religion.

Plus généralement, « les chrétiens dans les pays arabes semblent troublés par ces évolutions », constate Carol Saba, responsable de la communication de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France et bon connaisseur des Églises d’Orient. Il leur revient pourtant, selon lui, « de sortir d’une logique de repli communautaire et identitaire, pour défendre un vrai projet de citoyenneté passant par une libéralisation et une démocratisation des sociétés arabes dont ils sont une composante essentielle ». À ce titre, Carol Saba regrette que le synode des évêques du Moyen-Orient, en octobre dernier à Rome, soit « passé un peu à côté » de cette évolution nécessaire.

Alors que de plus en plus de chrétiens sont choqués par la violence de la répression, certains d’entre eux veulent rester dans l’espérance. Ainsi, la communauté monastique de Deir Mar Moussa (autour du jésuite Paolo Dall’Oglio), dans une lettre adressée le 29 avril à l’Œuvre d’Orient, rappelait « qu’il est possible de bâtir graduellement une société démocratique et pluraliste, capable de garantir aussi les droits des minorités religieuses et ethniques et la dignité de tous. Nous continuons à prôner la non violence. Seul le dialogue amène à la réconciliation dans la justice ».

(1) Les chrétiens seraient 2 millions, soit 10 % de la population syrienne.

        CLAIRE LESEGRETAIN www.la-croix.com ) 

A lire aussi: Syrie: «Il n’y a plus rien à faire, le pouvoir est devenu fou»

Publicités
Cet article, publié dans ACTU Assyro-chaldéenne, Chretienté Info, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s