« A Mossoul, après la destruction de la mosquée de Jonas, Nabi Younès »

« A Mossoul, après la destruction de la mosquée de Jonas, Nabi Younès »

P JMM_tombeau profete Jonas_NiniveLa destruction de la mosquée de Jonas, Nabi Younès,  à Mossoul, a été une terrible agression contre l’âme de la ville de Mossoul et la sensibilité de ses habitants, chrétiens et musulmans.

La ville venait d’être privée de ses  Nasâra, les  chrétiens, qui avaient tout quitté pour rester fidèles à Jésus de Nazareth, avec un « N », cette lettre, le  noun arabe, qui fut tracée sur leurs maisons vides.  Vrais Mossouliotes, ils vénéraient de loin ce mausolée de Jonas situé dans une mosquée  qui, au VIIIe siècle, avait pris la place de la première église de Ninive.  

Pour les musulmans de Mossoul, la mosquée Nabî Yûnis contenait la tombe du prophète Jonas/Yûnis, protecteur de Ninive, leur ville.  La sourate X du Coran porte le nom de Yûnis/Jonas, et la sourate XXXVII, Al-Sâfât, évoque sa venue  à Ninive : «Jonas  était au nombre des envoyés. Il s’enfuit sur le vaisseau bondé puis on tira au sort et il se trouva au nombre des perdants. Le poisson l’avala, alors qu’il se blâmait lui-même. S‘il n’avait pas été au nombre de ceux qui célèbrent les louanges de Dieu, il serait resté dans le ventre du poisson jusqu’au Jour de la Résurrection… Nous l’envoyâmes à cent mille hommes –ou plus encore- Ils crurent, et nous leur accordâmes une jouissance temporaire » (139-148).

Le livre biblique de Jonas nous raconte comment, après avoir essayé de fuir sa redoutable mission, le prophète avait obéi à Dieu : « Lève-toi, va à Ninive, la grande ville et annonce-leur ce que je te dirai». Jonas se leva et alla à Ninive selon la Parole du Seigneur. Or Ninive était une ville divinement grande : il fallait trois jours pour la traverser. Jonas pénétra dans la ville ; il y fit une journée de marche. Il prêcha en ces termes : « Encore quarante jours et Ninive sera détruite ».  Les gens de Ninive crurent en Dieu : ils publièrent un jeûne et se revêtirent de sacs, depuis le plus grand jusqu’au plus petit… Dieu  vit ce qu’ils faisaient pour se détourner de leur conduite mauvaise. Aussi Dieu se repentit du mal dont il les avait menacés, il ne le réalisa pas » (Jonas, 3, 1-5).

Jésus a fait l’éloge de ces Ninivites : «Les hommes de Ninive se dresseront lors du Jugement avec cette génération et ils la condamneront, car ils se repentirent à la proclamation de Jonas, et il y a ici plus que Jonas ! » (Luc, 11, 32).

Le 24 juillet 2014, il s’est passé un événement hallucinant, inimaginable : la « mosquée-mémorial » de Jonas/Yûnis, celle de ce prophète  qui  était devenu pour le peuple ninivite l’annonciateur de la Miséricorde de Dieu, al-Rahmân al-Rahîm; ce haut lieu de la tradition biblique et coranique, a été dynamité. On ne peut justifier une telle injure faite à un personnage vénéré par les juifs, les chrétiens et les musulmans : marteler à la pioche son tombeau, faire exploser sa mosquée, c’est un affront envers trois religions et envers le patrimoine spirituel et culturel de la civilisation.   

Si les Chiites en Irak vénèrent dans la mosquée de  Nadjaf le tombeau d’Ali, et à Karbala celui d’Husayn, il en va autrement dans la tradition sunnite pour laquelle une mosquée ne peut pas être un lieu de sépulture. Toutefois il y a des exceptions : à Hébron, le tombeau d’Abraham  se trouve dans la mosquée qui porte son nom : Masjid Ibrahim. Dès lors, comme la théologie musulmane proclame que tous les prophètes sont égaux, on peut se demander pourquoi le prophète Jonas/Yûnis n’aurait-il pas eu les mêmes droits que le prophète Abraham.  Si une école juridique  n’admet pas  cette égalité, elle aurait pu suggérer le transfert de la  tombe de Jonas dans un autre lieu, sans  détruire  la mosquée.  

Vivant à Mossoul, j’avais visité  et étudié la plupart de ses  mosquées historiques comme  ses anciennes églises et, bien des fois,  je m’étais  rendu à Nabî Yûnis. Cette mosquée  était  située sur un petit tell, intégré dans les remparts sud de l’ancienne Ninive. Entourée de tombes, elle était au cœur d’une petite  agglomération dont la population était de langue turkmène. Selon la tradition  locale, c’est sur cette élévation de terrain que le prophète Jonas/Yûnis s’asseyait pour  inviter les Ninivites à la conversion,  d’où son nom de  Tell al-Tawba, la « Colline de la pénitence ». A l’intérieur  de la mosquée,  près de la tombe recouverte d’un voile vert, on m’avait même montré quelques dents de la baleine qui avait englouti Jonas ! Chaque année, au moment du Pèlerinage, le  Hajj, on voyait passer à Mossoul de nombreux cars de pèlerins qui, de Turquie,  se rendaient à la Mecque en faisant pieusement une halte à Nabi Yûnis. On disait à Mossoul que sept visites à cette mosquée,  équivalaient à un pèlerinage  à la Mecque.  

Quant aux recherches bibliques et historiques concernant Jonas et la dévotion dont ce lieu est l’objet, quelques  que soient leurs conclusions, elles ne pourront jamais empêcher la légitimité de la vénération rendue au prophète de Ninive, en un lieu si bien situé littérairement par la Bible et le Coran : En effet, dans ce site, il y a comme  la présence spirituelle de ce prophète  et celle de son  message : une  invitation universelle à se convertir et à se  tourner vers Dieu. Le Père Jean Maurice Fiey, dominicain, qui vécut longuement à Mossoul, historien de l’Église d’Irak, était persuadé que la tombe qui se trouvait dans cette église devenue mosquée, était celle d’un patriarche nestorien de Ninive.  Lorsqu’au VIIe siècle, ils transformèrent cette église en mosquée, les musulmans pensèrent  que cette tombe était celle du prophète de Ninive.  

Aux cours des siècles, bien des pèlerins juifs, chrétiens et musulmans visitèrent  ces lieux riches du souvenir de Jonas/Yûnis : voyageurs juifs comme Benjamin de Tudèle au XIIe siècle ; voyageurs musulmans comme Ibn Jubayr au début XIIIe siècle ; voyageurs  chrétiens comme le dominicain florentin Riccoldo da Monte di Croce, à la fin du XIIIe siècle.

A qui, un jour, l’histoire attribuera-t-elle ce geste incompréhensible et désastreux ? Pour beaucoup, il ne peut s’agir d’une main  irakienne. Depuis quelques jours  à Mossoul, les musulmans sont soumis à un régime intolérable, quant aux  chrétiens qui  en ont été affreusement  chassés,  ils ont pu heureusement trouver refuge dans des villages chrétiens de la plaine de  Ninive. Mais ces mêmes villages, ces derniers jours, ont tremblé aussi et ils n’ont dû leur survie qu’à l’intervention des forces du Kurdistan irakien voisin. Dès lors, il semble que l’on puisse  penser que, maintenant encore,  ce sont ces mêmes voisins qui seront capables de faire bénéficier ces minorités persécutées de tous les bienfaits de la vie sociale telle qu’ils ont su organiser dans leur région.

Reviens  à Ninive !

Espérons  qu’un jour, espérons-le proche, des chrétiens, des juifs et des musulmans pourront revenir ensemble à Mossoul/Ninive, pour y édifier un monument en l’honneur du  prophète Jonas/Iona/Yûnis, afin que de Ninive, retentisse à nouveau le message de la miséricorde de Dieu pour tous les hommes.

Fr Jean-Marie Mérigoux

(voir  : « Destruction de la mosquée de Jonas à Mossoul » )

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